Réseautage et mondanités

Perçues par plusieurs comme étant frivoles, superficielles et prétentieuses, les mondanités sont souvent associées à des fumisteries allant à l’encontre de relations vraies, authentiques et sincères. Pourtant, avoir le sens des mondanités permet de développer une aisance et de créer un climat favorable au développement de relations, comme c’est le cas lors d’activités de réseautage.

Bien sûr, je m’imagine mal participer à une activité de réseautage en robe à crinoline pour rencontrer des décideurs et des influenceurs. Aujourd’hui, nos événements sociaux se donnent des airs relax si on les compare au décorum des bals masqués, des cours royales ou des salons littéraires au siècle des Lumières.  En fait, nos rencontres en société sont moins protocolaires et élitistes qu’auparavant, sauf lors d’événements mondains particuliers ou lorsque des chefs d’État ou des milliardaires de la Jet-Set internationale s’affichent avec faste, témoignant de leur appartenance au cercle fermé des gens bien-nantis et de pouvoir.

Sortir dans le monde 

À une époque où le réseautage virtuel peut nous porter à croire que n’avons plus besoin de sortir de chez soi et d’aller dans le monde pour y faire des rencontres, les experts en réseautage nous invitent à nous détacher de nos écrans. « Sortez, disent-il. Allez à la rencontre de gens et participez à des activités choisies en fonction vos objectifs».

Réseautage
Les congrès, expositions, conférences et cocktails se présentent comme des occasions de réseautage dans le monde « réel »

D’ailleurs si l’on se fie aux occasions de réseautage offertes par différents groupes ou par des organisations expressément dédiées à ce type d’activité, l’offre est multiple et florissante à cet égard. Certains exigent une adhésion en tant que membre tandis que d’autres se contentent d’inscriptions sur demande, à un coût qui conditionne l’accessibilité. Nous y allons pour faire connaissance, renouer connaissance ou pour y apprendre quelque chose de nouveau. Ces déjeuners, conférences, cocktails, soirées et autres activités de réseautage sont des lieux de prédilection pour mettre en oeuvre notre savoir-être et exprimer notre sens des mondanités.  Car un réseautage réussi exige de connaître les usages et les bonnes manières, même en sachant à l’avance qui nous voulons y rencontrer et pourquoi.

Une sphère d’influence

Même si nos environnements et nos habillements sont plus décontractés qu’à l’époque du Roi-Soleil, nos mondanités contemporaines cachent aussi des jeux de coulisse pouvant ouvrir des portes ou en refermer d’autres. D’ailleurs certaines activités de réseautage constituent de véritables terrains de chasse pour nous faire valoir et influencer positivement les perceptions de nouveaux clients, de nouveaux fournisseurs ou collaborateurs, de nouveaux employés et même d’un nouvel employeur.  Dans certains cas, cette prospection se fait à visage découvert tandis que dans d’autres, on ne révèle que ce qu’il faut pour éventuellement intéresser l’autre.

Sphère d'influence
Le réseautage, tout comme les mondanités, vise à développer et à consolider une sphère d’influence auprès de personnes appartenant à un univers social particulier

Parce qu’elle est rattachée au monde et aux usages de la société, la mondanité est rabrouée par l’Église catholique qui y voit, encore aujourd’hui, une «possession diabolique de salon», empreinte de vanités et intéressée aux biens de ce monde. C’est d’ailleurs pour faire contrepied à l’attitude moraliste de l’Église à l’égard de la mondanité que Voltaire publie en 1736 son poème Le Mondain, où il fait l’éloge d’un « libertinage modéré » et où il se moque des dévôts qui prônent l’austérité, en espérant obtenir le bonheur céleste. Bien mal lui en pris, car son ton provocateur lui a valu de devoir s’exiler en Hollande!

Quelques années plus tard, en 1760, Jean-Jacques Rousseau dénonce dans La Nouvelle Héloïse les codes de la mondanité car sous le masque de cette politesse mondaine, « on y apprend à plaider avec art la cause du mensonge ». Au-delà de son propos dénonciateur, Jean-Jacques Rousseau vise toutefois à se dégager de la sphère d’influence des salons qui accueillent les écrivains, en contrepartie de leur acceptation de règles de mondanité issues de l’aristocratie. C’est ainsi qu’il inaugure le régime de la célébrité, où il tisse ses propres liens avec ses lecteurs, en rupture avec la mondanité des salons littéraires.

À l’heure des médias sociaux où chacun peut bâtir son réseau d’adeptes et avoir son heure de gloire, les grands événements mondains, tels les bals ou rallyes encore organisés pour la jeunesse de la haute société, sont davantage des reflets de leur appartenance sociale que des occasions d’élargir leur sphère d’influence. Tout comme les autres jeunes de leur époque, ceux-ci développent leur propre réseau à travers leurs activités sociales et en étant connectés au Web.

L’art de se mettre en scène

En matière de réseautage, certains considèrent les mondanités comme un mal nécessaire, l’important étant de circuler le plus possible, tout en restant poli, pour rencontrer le maximum de personnes répondant à nos critères de prospection.  D’autres privilégient une approche qui évite d’adopter un comportement utilitariste et où les mondanités ont davantage leur place pour bâtir des relations qui tablent sur la durée.

Ainsi, l’ex-dirigeant d’une grande entreprise affirme s’être bâti un solide réseau au fil des ans en participant régulièrement à des cocktails pour rencontrer des connaissances de façon informelle. Selon François Garon, expert en réseautage d’affaires, certains sont plus à l’aise avec une approche structurée tandis que d’autres préfèrent réseauter librement. Chacun doit ainsi développer une stratégie personnalisée qui correspond à son style et sa manière de se mettre en scène.

Mise en scène
L’agrément des moments de réseautage résulte d’une mise en scène où chacun y va de sa prestation en mettant en valeur les atouts de sa personnalité

Quelles que soient les stratégies de réseautage adoptées, c’est l’agrément du moment que l’on retiendra: l’apparence, l’image et la personnalité qui se dégage de chacun ainsi que les comportements non-verbaux qui traduisent l’assurance, la confiance en soi et les hésitations aussi. Notre sens des mondanités, qui influence notre façon de créer des liens, y sera aussi pour quelque chose, tant lors de la première rencontre que dans la façon d’entretenir nos relations.

D’ailleurs, cet art de la mise en scène fait partie des attributs des organisateurs d’événements qui y apportent une dose de mondanité plus ou moins grande selon la nature et la raison d’être de l’activité ainsi que du public recherché. Une soirée philanthropique, une conférence d’affaires, un gala ou un 5 à 7 dans un bar par exemple procurent des occasions différentes de voir et de se faire voir, de socialiser et de se divertir, dans des décors mettant tantôt l’accent sur le prestige, l’appartenance ou la convivialité.

L’art de la conversation

L’art de la conversation, qui appartient aussi à la culture de la mondanité, est un atout important dans les activités de réseautage. Dans un style moins littéraire que celui des salons mondains du XVIIIe siècle, l’art de la conversation en mode réseautage vise à paraître sympathique et professionnel en abordant des sujets d’intérêt qui ne prêtent pas à controverse et qui permettent de découvrir des points communs entre deux personnes.

Cet art de la conversation contribue à créer un climat propice aux échanges en sachant quand et comment briser la glace pour établir le contact, poursuivre la conversation par la suite et y mettre fin, le cas échéant. Au besoin, on s’informe au préalable sur le profil de telle ou telle personne et l’on prépare ses questions pour en savoir plus sur son interlocuteur, tout en lui donnant le sentiment qu’on s’intéresse à lui.

À cet art de poser des questions s’ajoute celui de savoir quand et comment se présenter pour susciter l’intérêt de son interlocuteur et savoir lui inspirer confiance. Différentes formules, brèves et moins brèves, sont proposées pour établir des affinités, créer des liens personnels ou pour se distinguer parmi d’autres. L’art du réseautage, dit-on, devrait comprendre 80 % d’écoute active et faire preuve d’altruisme en étant généreux de son expertise.

Du temps et de l’entregent

Bien réseauter demande du temps, de la préparation et des suivis. Ce ballet de relations civilisées demande aussi de l’entregent et du tact, deux qualités qui ne sont pas étrangères à la mondanité. Si certains ont des prédispositions naturelles à cet égard, tous n’ont pas le même talent en la matière.

Ne désespérez pas trop si tel est votre cas, car Barack Obama lui-même aurait une aversion pour le réseautage et les mondanités, préférant passer ses soirées en famille plutôt que de fréquenter les soirées washingtoniennes.

Vie privée et vie mondaine appartiennent traditionnellement à deux univers distincts. Mais à une époque où nous sommes tous connectés d’une façon ou d’une autre, les frontières entre vie privée, vie sociale et vie des affaires ont tendance à s’estomper. D’où l’importance de préserver et de cultiver notre savoir-être en toute circonstance.

Photo de femme portant un masque : Ingeborg Gartner Grein / Unsplash

Photo de foule dans un hôtel : Brittany Gaiser / Unsplash

Photo de réseautage : Gerd Altmann / Pixabay

Photo de la danseuse : Sasin Tipchai / Pixabay

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