Être une soie pour soi

Je l’avoue. J’ai été séduite. Je suis tombée en amour avec l’amitié… envers moi ! Ouf ! Du narcissisme ? De l’égocentrisme ! Non, surtout pas. Plutôt de la bienveillance envers moi-même car, comme tout le monde, j’ai besoin que l’on soit bienveillant envers moi. Et la personne qui m’accompagne le plus souvent au cours de ma vie, eh bien, c’est moi !

Être une soie pour soi est très réconfortant et énergisant, et le plus beau, c’est que cela ne dépend pas des humeurs du voisin. Bien au contraire, c’est une énergie qui devient contagieuse et qui incline à être une soie envers les autres, en mettant plus de douceur dans nos communications et en osant s’affirmer davantage.

Une bouffée d’oxygène

Quoique l’idée de développer une amitié envers soi ne soit pas vraiment nouvelle, je l’ai découverte grâce à Pierre Portevin, auteur du livre Mon meilleur ami… c’est moi, dans le cadre du Sommet du livre Affaires dédié à la bienveillance en entreprise, et aussi en m’inscrivant à l’un de ses ateliers. Je l’ai trouvé inspirant, rafraîchissant, rigoureux et cartésien, tout en ayant une grande expérience humaine.

Pierre portevin2

Surtout, il apporte une bouffée d’oxygène en insistant pour ne pas mettre de pression et pour bannir les critiques de notre dialogue intérieur qui nous disent : « tu n’es pas assez ceci ou cela, tu en fais trop, tu aurais pu faire mieux…». Vous savez, ce type de critiques dont l’on se gratifie quand on a l’impression d’être une marionnette aux prises avec nos incapacités ou nos imperfections.

Amicale et bienveillante, l’approche de Pierre Portevin est à l’opposé de celle des gourous moralisateurs qui nous indiquent la route à suivre, sans s’être mis une seule seconde dans nos souliers. Tel un ami, il nous amène ailleurs que dans la complaisance, sur le chemin des apprentissages et de l’audace. Il nous invite à observer, à réfléchir et surtout à agir en proposant une série d’exercices pouvant être faits seul, accompagné ou avec d’autres.

Si j’en parle ici, c’est parce que son approche m’interpelle et qu’il est bon de savoir que l’on peut créer notre propre point d’ancrage dans une société en continuelle évolution, tout en donnant du sens à ce que l’on fait. Voici pourquoi je partage quelques idées fortes que Pierre Portevin m’a inspirées pour être une soie pour soi.

Une relation amicale avec soi-même 

Peut-on s’imaginer parler d’amitié et se considérer seul ? Par définition, l’amitié nous apporte une présence, un ami à qui se confier et avec qui partager. Mais à quoi reconnaît-on un ami ? Qu’ils soient d’Europe, d’Amérique ou d’ailleurs, nous reconnaissons tous l’expression de l’amitié dans ces 10 qualités qui font que l’on se sent accepté, avec nos qualités et nos limites.

10 qualités

Mais notre ami intime n’est pas seul à prendre part à notre dialogue intérieur. D’autres parties de nous tirent la couverture, d’un côté ou de l’autre. C’est ce dont Pierre Portevin nous parle lorsqu’il réfère à notre système familial intérieur, où des émotions intenses et des comportements inappropriés peuvent survenir.

D’où la nécessité d’avoir « un regard neutre et bienveillant » pour « créer des conversations ouvertes et respectueuses » entre les différents discours qui nous habitent. Il s’agit de pouvoir échanger avec un ami qui nous réconcilie avec nous-même, avec qui l’on peut revisiter notre passé ou explorer les horizons de l’avenir que nous envisageons.

Une mission impossible ? Non, mais une mission exigeante car notre amitié envers nous-même peut devoir être apprivoisée, tel un animal sauvage qui se rebelle ! C’est pourquoi cette mission demande de savoir faire preuve d’auto-compassion et de profiter des espaces de liberté que nous pouvons créer en abandonnant nos jugements instantanés et en s’accordant du temps avant de réagir aux stimuli qui nous entourent.

Un état d’esprit de croissance   

Il peut arriver que notre état d’esprit s’attache au résultat de nos actions plutôt qu’à nos apprentissages. Les réussites et les échecs se mesurent alors en fonction de nos capacités innées et nous placent dans un état d’esprit fixe. Heureux sommes-nous si nous avons tel ou tel talent. Désespérés sommes-nous si tel n’est pas le cas !

Au lieu de soutenir une « résignation apprise », Pierre Portevin nous encourage à développer un état d’esprit de croissance qui privilégie l’appréciation de notre apprentissage permanent plutôt que l’évaluation du résultat de nos efforts. « Les individus avec un état d’esprit de croissance, affirme-t-il, se soucient peu de l’échec car ils ont conscience que leur performance peut être améliorée.»

« Des dialogues intérieurs faits d’auto-compassion et d’amour, nous dit-il, alimentent bien plus efficacement notre motivation que ceux faits d’autocritique et des peurs qu’ils engendrent. (…) l’auto-compassion et l’amour engendrent des décharges d’ocytocine, une hormone qui contribue à vous rendre plus confiant et tranquille, alors que l’autocritique et la peur inondent votre système nerveux de cortisol, une hormone qui contribue à un sentiment d’insécurité, à un état de nervosité. »

Quand la chimie du cerveau s’en mêle, être une soie pour soi revient à se mettre sur la bonne longueur d’ondes pour se connecter à nos sources d’énergie et pour cultiver le flow de nos expériences plutôt que de s’autocritiquer.

Faire preuve de gentillesse envers soi-même constitue l’un des trois piliers de l’auto-compassion que nous développons pour devenir une soie pour soi. La reconnaissance de notre humanité vient également adoucir notre auto-compassion en sachant que nous partageons notre vulnérabilité avec d’autres.

piliers 3

« Pourvu que nous soyons mis dans de bonnes conditions, explique aussi Pierre Portevin, chacun de nous a une part de connaissance et de sagesse à révéler. (…) Sauf dans des cas extrêmes et des pathologies lourdes, nous avons tous des capacités de compassion en nous », souligne-t-il.

Croire en sa sagesse et se donner les moyens d’y accéder veut aussi dire être une soie pour soi. Trop occupés par la vie, nous n’avons pas toujours le temps de prendre pleinement conscience de soi et de nos expériences. On pourrait même penser que c’est une perte de temps que de prendre l’habitude de se fréquenter soi-même, mais il semble bien que notre cerveau ne soit pas de cet avis !

En cohérence avec nos valeurs et nos intentions 

Autant nous sommes perspicaces pour déceler les incohérences chez l’autre, autant nous devons porter attention à notre propre cohérence pour être une soie pour soi. D’où l’importance de clarifier ce qui compte vraiment pour nous, pour pouvoir faire des choix… éclairés !

Préciser nos valeurs et clarifier les intentions qui orientent notre vie nous permet d’apprendre à mieux nous connaître et à nous apprécier. Les respecter et donner du crédit à notre opinion personnelle contribue à donner du sens et de la cohérence à nos actions. Être une soie pour soi, c’est aussi accepter d’être le pilote de sa vie, « décider de décider et d’agir en conséquence ».

 « Après avoir accueilli ce qui se passe comme le ferait votre meilleur ami, demandez-vous dans quelle mesure ce comportement et ces pensées vous conviennent et s’ils vous orientent vers la vie que vous souhaitez, suggère Pierre Portevin. Que pourrait-il être utile de faire autrement dès maintenant ? »

Voilà qu’être une soie pour soi nous oriente résolument vers l’action. Une action progressive qui apprend et qui avance, pas à pas. Une action qui profite de la plasticité de notre cerveau qui crée de nouveaux schémas de connexion, à mesure que nous adoptons de nouveaux comportements.

« Chaque fois que nous acceptons de faire un pas en-dehors de nos habitudes, de prendre des risques raisonnables et calculés en vue de progresser, (….) nous nous sentons vivants et heureux », rappelle Pierre Portevin.

Une source d’empuissancement

Être une soie pour soi apporte de la douceur et aussi de la force dans notre vie. C’est un extraordinaire levier pour relever un défi, entreprendre un projet, se lancer en affaires, maintenir le cap ou prendre une nouvelle orientation. C’est une prise de conscience de notre valeur et de notre humanité.

fleche affirmation

En fait, cultiver l’amitié envers soi permet de bâtir une estime de soi, une confiance en soi et une affirmation de soi qui s’appuient essentiellement sur notre propre regard envers nous plutôt que d’avoir à dépendre du regard que l’autre pose sur nous.  « Au fil de ce long parcours, souligne Pierre Portevin, j’ai découvert que la clé de mon apaisement et de mon bonheur consistait simplement à améliorer la relation que j’avais avec moi-même. »

Être une soie pour soi peut exiger du temps et de la créativité. Il ne s’agit pas d’une potion magique, d’une recette ou d’un parfum envoûtant, mais les apprentissages qu’une telle démarche permet de réaliser sont d’une valeur inestimable pour oser donner le meilleur de soi, nourrir notre empuissancement et rayonner dans le regard de l’autre !

Merci à Pierre Portevin pour ce bel éclairage sur l’importance d’être en amitié avec soi, d’être une soie pour soi.

Pour en savoir plus à ce sujet, voir le Manifeste de Mon meilleur ami… c’est moi.

Photo de Marionnettes de carton et soie : Iris / Flickr

 

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Lyse dit :

    Très intéressant Louise. En le lisant j’ai pensé à deux personnes pour qui ce thème est d’actualité. Ton article amène un éclairage. Je vais le faire suivre.

    A bientôt

    J'aime

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