Consensus, concessions ou compromis?

Quelle est la meilleure façon d’obtenir un accord? Existe-t-il une voie royale pour s’entendre, collaborer et travailler ensemble, tout en minimisant les dérives dues aux désaccords? Le consensus est-il toujours souhaitable? Les concessions sont-elles condamnables? Les compromis sont-ils toujours des compromissions?

Que ce soit en société, en entreprise ou en famille, nous sommes tous à la recherche d’une zone de confort où nous pouvons nous exprimer et prendre des décisions en toute confiance. Mais des tensions surviennent inévitablement lorsque différentes perspectives s’entrecroisent, comme cela arrive lorsque des intérêts, des valeurs, des principes ou des visions du monde s’affrontent.

Nous faisons tous des concessions 

Un jour ou l’autre, nous faisons tous des concessions pour obtenir quelque chose. Nous reconnaissons alors le point de vue de l’autre et abandonnons notre point de vue initial, en tout ou en partie, pour exprimer notre volonté de nous entendre avec l’autre, de coopérer avec lui. Lorsque nous faisons une concession, nous créons des liens qui nous permettent de bâtir ou de protéger nos relations.

ressemblances consensus concessions compromis
Accepter de faire des concessions constitue un ingrédient essentiel pour en arriver à obtenir un consensus ou pour réaliser un compromis. Nous acceptons alors de coopérer avec l’autre. Nous enclenchons des dialogues et des discussions et, au besoin, nous pouvons faire preuve de créativité pour faire émerger un terrain d’entente.

Si nous acceptons de faire des concessions pour nous entendre avec d’autres, nous apprécions aussi que d’autres fassent des concessions pour s’entendre avec nous. Ainsi va la vie en société et en affaires. En soi, les concessions ne sont pas condamnables puisqu’elles font inévitablement partie de la vie. Toute la question est plutôt de savoir si les concessions que nous faisons, et que nous demandons à d’autres de faire, sont raisonnables et si chacun y trouve son compte.

Qui ne dit mot consent ?

Lorsque nous consentons à faire une concession, l’on pourrait croire que la question est réglée. Mais nous savons tous qu’il existe différents types de consentements : explicites ou implicites, éclairés, tacites, stratégiques ou opportunistes.  En fait, le consentement est une notion mouvante qui peut évoluer dans le temps et selon les circonstances. D’où l’utilité de valider si un consentement est réel et tangible quand on a besoin de s’y fier véritablement.

Cette prudence est particulièrement de mise lorsque l’on présume que «celui qui ne dit mot consent».  C’est d’ailleurs l’un des écueils des consensus où, à défaut d’avoir des objections et des oppositions qui se manifestent clairement, l’on présume que le consentement est unanime et qu’il n’existe aucune voix discordante.  En fait, dans un consensus des voix discordantes peuvent exister mais celles-ci doivent se rallier car, la nature même du consensus exige qu’il ne s’exprime que d’une seule voix, alors que ce n’est pas le cas avec le compromis qui trouve sa place entre deux voix.

Consensus et compromis : deux dynamiques différentes

Consensus et compromis sont-ils deux façons d’en venir à un accord? Bien sûr, dans la mesure où ils s’appuient tous deux sur le fait de faire des concessions. Mais leurs dynamiques sont différentes car ils répondent à des besoins différents, dans des situations différentes.

différences consensus compromis

On peut, par exemple, développer un consensus face à un enjeu afin d’établir une position commune.  C’est ainsi que les pays membres de l’Union européenne (UE) ont établi un consensus en adoptant une position commune face aux modalités de retrait du Royaume-Uni, à la suite du référendum sur le Brexit tenu en juin 2016.  Un tel consensus, rappelons-le, était loin d’être évident à l’époque alors que plusieurs pays craignaient que le Brexit ne soit le prélude à d’autres défections au sein de la Communauté européenne.

Par définition, un consensus vise à obtenir un accord en évitant de générer des conflits qui peuvent le mettre en cause. C’est une approche idéaliste dans la mesure où les dissensions sont mal vues lorsque les délibérations sont terminées. Mais qu’arrive-t-il si le désaccord persiste et empêche d’obtenir un consensus? L’objectif d’un compromis est justement de chercher à résoudre un conflit résultant d’un désaccord. Non seulement les dissensions sont-elles prises en compte, mais on cherche aussi à comprendre les prétentions des deux parties dont les points de vue sont polarisés.

Si les délibérations au sein de l’UE lui ont permis de faire consensus autour d’une position commune à propos du Brexit, tel n’est pas le cas du côté du Parlement britannique qui a rejeté à deux reprises l’accord de sortie proposé par l’UE. En l’absence d’un consensus, un compromis ne pourra être réalisé que si chacune des parties accepte réciproquement de renoncer à certaines de ses prétentions initiales, afin de réussir à trouver un règlement allant au-delà du conflit.

Faire un compromis exige une approche essentiellement pragmatique. Les enjeux reliés au Brexit sont complexes et d’importance, tant d’un point de vue politique qu’économique. Jusqu’où l’UE et le Royaume-Uni peuvent-ils faire des renoncements réciproques et trouver un compromis qui les satisfait mutuellement? L’affaire est à suivre!

Forces et effets du consensus

Bâtir un consensus prend habituellement du temps, car il met à contribution l’apport de plusieurs personnes. Les idées dominantes dans une société, par exemple, font consensus. Ainsi en est-il de la mondialisation ou du réchauffement climatique. Les voix discordantes qui s’élèvent doivent alors faire face à la puissance du consensus établi.

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Le consensus représente une puissante force de cohésion. Tout le monde se tient lorsqu’il y a consensus. Pas question de faire bande à part, si l’on veut être bien perçu par le groupe.

C’est d’ailleurs ce que dénoncent, chacun à leur façon, Pierre Fraser et Chantal Mouffe dans leurs ouvrages respectifs Dindification et L’illusion du consensus, où le consensus est associé à un «prêt-à-penser» en manque d’esprit critique, alors que les fondements de nos sociétés démocratiques seraient menacés par une trop faible reconnaissance de leurs antagonismes.

Dans son ouvrage Les décisions absurdes, publié en trois tomes, Christian Morel énonce une série de «métarègles de la haute fiabilité» où il propose, entre autres, le contrôle du consensus et l’organisation systématique de débats contradictoires «afin de pallier les pièges bien connus de la délibération collective».

Si dans certains cas les consensus peuvent ne pas paraître souhaitables, ils sont toutefois privilégiés dans des environnements collaboratifs où l’on favorise le développement d’une intelligence collective qui vise à susciter l’adhésion et la mobilisation de chacun. Mais si l’approche consensuelle permet la participation de tous, le consensus obtenu peut n’être qu’apparent car tous n’ont pas la même influence dans le groupe selon leur autorité personnelle, leur compétence technique, leur puissance d’argumentation, ou selon leur rôle et le moment où chacun prend la parole.

Le paradoxe du compromis

S’il faut en croire Christian Thuderoz, auteur du Petit traité du compromis, dont le sous-titre est L’art de la concession, les avantages du compromis sont méconnus lorsqu’on les confond avec les compromissions. Selon lui, un bon compromis est à la fois honorable, équitable et efficient. C’est aussi, affirme-t-il, le résultat d’un paradoxe car il faut accepter de renoncer à certaines de ses prétentions pour obtenir un compromis avantageux. D’où l’intérêt de bien identifier ses priorités et celles de son vis-à-vis.

Compromis combat
Dans un compromis, chacune des parties a des prétentions différentes de celles de son adversaire. Chacun fait des concessions dans le combat qui s’engage. Bien sûr, une partie peut prendre le dessus sur l’autre, mais est-ce vraiment à son avantage ? Les compromis qui tiennent sont ceux où chaque partie a le sentiment d’avoir gagné quelque chose.

Il existe de nombreux exemples de compromis réussis, comme c’est le cas entre un acheteur et un vendeur qui ajustent leurs demandes pour pouvoir conclure leur transaction immobilière, ou encore entre des parents qui se séparent et qui acceptent de réorganiser leurs priorités et leurs styles de vie pour avoir la garde partagée de leurs enfants.

Selon certains, le recours au compromis devrait faire partie de toutes les stratégies de l’entreprise, car décider, c’est faire des compromis, c’est savoir arbitrer entre des choix conflictuels. Faire des compromis, c’est se mettre d’accord sur le fait qu’on n’est pas d’accord, afin de mieux gérer des conflits.

Une question d’équilibre et d’adaptabilité

Les concessions font partie de la vie. Les consensus peuvent mobiliser mais comportent certains effets pervers auxquels il faut porter attention. Les compromis exigent une ouverture pour bien ordonner ses priorités et même accepter de les modifier, afin de parvenir à résoudre des conflits.

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Les consensus, les concessions et les compromis tissent tous les trois les relations que nous établissons. Parfois l’un est préférable à l’autre, parfois pas. C’est une question de contexte et d’objectif. En sachant maintenir notre équilibre sur ces trois fils, nous pouvons mieux nous adapter et prendre de meilleures décisions face aux défis qu’imposent des environnements en constante évolution.

Selon une étude réalisée en Californie auprès d’entreprises dans les technologies de pointe, les entreprises qui obtiennent la meilleure performance financìère ont une forte culture consensuelle et valorisent en même temps une grande adaptabilité, ce qui a pour effet de réduire les effets d’inerties résultant de consensus trop stricts.

Qu’il s’agisse d’un consensus, d’une concession ou d’un compromis, chacun exige de prendre un temps de réflexion pour prendre la meilleure décision et choisir la marche à suivre, en tenant compte de la finalité recherchée et de l’équilibre des forces en présence.

Photo des chiots dans le panier : Alison J. / Flickr

Photo du groupe au bord de la mer : Duy Pham / Unsplash

Photo d’art martial : Uriel Soberanes / Unsplash

Photo de la femme qui boxe : Matheus Ferrero / Unsplash

Photo du boxeur : Xuan Nguyen / Unsplash

Photo de l’équilibriste : Leio McLaren / Unsplash

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