Dans l’oeil de Laurence Labat

Elle a l’oeil vif et le regard enjoué. Passionnée de photo, Laurence Labat connaît l’art et la manière de révéler la saveur de la vie et la beauté des émotions à travers les portraits et les images qu’elle crée avec son appareil-photo.

Laurence cartes voeux1

Je l’ai rencontrée dans son studio à Montréal pour qu’elle me parle de son regard sur la vie et de sa passion pour la photo. Au mur, il y avait cette magnifique photo de Lara Fabian que Laurence a prise pour offrir ses voeux au début de 2018. Conçue en hommage aux femmes qui affirment leur féminité et leur pouvoir dans la foulée du Mouvement Me Too initié en 2017, cette carte de voeux, dont vous pouvez voir la réalisation en vidéo, porte aussi cette belle citation de Victor Hugo Quand tout se fait petit, femmes vous restez grandes.

Il y a chez Laurence Labat cette simplicité et cette grandeur. Une simplicité où elle se fait discrète pour laisser l’autre prendre son aise et donner le meilleur de lui-même. Une grandeur parce que Laurence Labat a le souci de faire des photos remarquables, qu’elle signe avec fierté et plaisir. Pas étonnant dès lors qu’elle ait réussi à se bâtir une notoriété enviable, notamment auprès de personnalités du milieu artistique. Mais, laissons-la prendre place à son tour, pour qu’elle nous parle de ce qui l’anime.

Laurence studio1

D’où te vient cette passion pour la photo? 

J’ai reçu mon premier appareil-photo, un Nikkormat, à l’âge de 12 ans pour mon anniversaire. Déjà, j’étais fascinée par un vieil appareil Rolleiflex à double objectif qui appartenait à mon grand-père. Je prenais des photos de mes amis à l’école et je les développais dans ma salle de bain. Je les vendais pour un prix symbolique et ça marchait!

Comme j’habitais en banlieue de Paris et que mes parents étaient divorcés, dès l’âge de 16 ans j’ai passé mes étés à Royan sur la côte Atlantique, où habitait mon père. Un jour, je me suis fait prendre en photo sur le bord de la plage. On m’a donné un coupon pour que j’aille chercher ma photo le lendemain.

Cela m’intéressait de faire ce boulot. J’en ai parlé à mon père et j’ai été embauchée comme photographe. Je me baladais sur les plages, dans les boîtes de nuit, les restaurants, les spectacles. Je prenais des photos d’enfants avec des expressions. J’ai fait ça pendant deux étés.

Comment as-tu découvert que tu pourrais en vivre?

À l’âge de 19 ans, j’ai décidé de partir ma propre affaire avec une copine photographe. On a loué un petit emplacement sur la plage et on a appelé ça Photo-Soleil. On employait des photographes et on leur remettait 20% de chaque photo vendue. Ça a été une révélation pour moi. J’ai fait ça pendant six ans. Je savais que j’aimais la photo et que c’était ma passion. J’ai vite su que je voulais en faire un métier et pas seulement un hobby.

J’ai été embauchée pour la première fois en tant que photographe professionnelle pour un stage au journal France-Soir en 1987. Je vivais alors à Paris dans un petit appartement de 20m2 où j’avais installé mon laboratoire.

Comment en es-tu venue à photographier des personnalités du domaine artistique?

Chez France-Soir, j’étais affectée aux Arts et spectacles. Un jour, je suis partie seule sur un reportage pour photographier Jean Piat, un grand acteur maintenant décédé. Nous étions dans un château et, naïvement, je lui ai demandé de se déplacer à l’extérieur. Je suis revenue au journal avec une photo de lui, assis sur un fauteuil Louis XVI devant le château. On m’a demandé: comment as-tu réussi à faire déplacer Jean Piat? C’était une star et, dans le star-système en France, on ne dérange pas les gens!

J’avais le goût de faire une photo qui marque. Je lui ai simplement demandé. Je n’avais pas d’a priori. À partir de ce moment, j’ai fait beaucoup de photos d’artistes. C’était important pour moi de faire des photos différentes dans leur esthétisme et dans l’émotion qu’elles procurent.

Être photographe demande aussi d’avoir une expertise technique?

J’ai obtenu mon diplôme de l’École nationale supérieure Louis Lumière pour parfaire mes connaissances techniques en photographie. Mais ce qui est important dans la technique, c’est de la dépasser, qu’elle devienne tellement acquise que tu n’y penses plus. Si tu penses à la technique pendant que tu fais des photos de quelqu’un, tu perds ton sujet.

On dit qu’une photo vaut mille mots. Plus jeune, je voulais être journaliste de guerre mais je n’avais pas ce tempérament. Par contre, la vérité derrière un portait, l’émotion qu’il peut révéler, ça me parlait.

Est-ce que tu recherches cette vérité lorsque tu fais une photo de portrait?

La photo de portrait est un révélateur. C’est intéressant d’en arriver à exprimer quelque chose que personne n’a vu auparavant, d’aller chercher ce qui fait la différence, ce qui résonne plus. Pendant une séance de photo, tu ne peux pas vraiment jouer, peut-être si tu es un comédien, mais pas tant que ça.

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Alors, il faut vraiment que la personne te fasse confiance parce que tu peux révéler ce qu’elle ne veut pas?

Beaucoup de gens ont peur de leur image. Le métier de portraitiste demeure un métier de relation. C’est pour ça que j’essaie de faire oublier ce matériel entre moi et la personne que je photographie, pour qu’on oublie cet acte de photographier et qu’on soit juste dans la relation.

Nous devons être dans une relation de confiance, sinon la personne se referme tout de suite. Elle doit lâcher prise si on veut aller plus loin dans la relation, dans l’émotion, dans la photo. Cela demande d’être généreux, d’avoir de l’ouverture et d’être prêt à donner.

Quand tu fais un portrait, est-ce que tu photographies tout le monde de la même manière?

On ne photographie pas de la même façon une personne selon sa grandeur, sa physionomie, sa corpulence, si elle est assise ou debout. Cela s’apprend avec l’expérience et avec l’amour des personnes que tu photographies. Il faut tomber en amour avec chaque personne, trouver ce qui t’attire et ce qui la met en valeur.

Je veux que mes photos soient belles et qu’elles conviennent à la personne. C’est rare que je n’arrive pas à trouver le bon angle. Les gens disent qu’ils ne sont pas photogéniques, mais c’est extrêmement rare qu’une personne soit toujours photogénique, sauf dans le cas d’un mannequin dont c’est le métier.

Des mannequins peuvent avoir de très beaux traits et bien prendre la lumière, mais on ne se retournera pas nécessairement sur elles si elles ne sont pas maquillées. Je fais des photos de mode avec des mannequins, mais quand je fais le portrait d’une personne, je lui demande de lâcher prise pour obtenir son authenticité.

Qu’est-ce qui fait qu’une photo se démarque?

C’est son originalité. Cela peut être dans la position, dans le regard. La lumière dans l’oeil, c’est super intéressant. Cela révèle énormément de choses. La lumière donne une expression différente.

Tu fais aussi des photos pour des pochettes de disque. Est-ce que tu t’y prends de la même façon que pour un portrait? 

Ce type de photo demeure un portait qui révèle un artiste. C’est pour ça qu’on en discute beaucoup avant de prendre la photo. Je n’avais pas fait de pochettes de disques avant mon arrivée au Québec en 1994. J’ai pu connaître des artistes québécois en faisant des reportages pour des journaux artistiques. En 1995, j’ai fait la pochette de l’album Pigeon d’argile de Kevin Parent.  Cela a été le commencement d’une belle collaboration avec Tacca Musique.

Plus récemment, j’ai photographié Alexandre Désilets pour son album Extravaganza. Comme je l’ai déjà photographié plusieurs fois, on a pu aller encore plus loin.

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Selon toi, quelles sont les qualités d’un bon photographe?

Le métier de photographe est très exigeant. Ce n’est pas simplement une question de qualité technique ou de qualité de relation. La photo, c’est un tout. Quand je donne des cours de photo, je sens que des gens ont plus d’aptitudes que d’autres dans l’oeil, dans la composition de l’image.

Certains font des photos de rue. C’est un vrai métier qui s’apparente au photojournalisme. Il faut avoir l’oeil pour appuyer sur le bouton et prendre une photo qui parle. On n’est pas dans une relation, c’est autre chose que le portrait. C’est une photo témoin, un instantané, comme c’est le cas avec une photo de plateau ou de spectacle. C’est une photo très artistique où l’on doit d’être alerte, avoir énormément de vivacité d’esprit et un grand sens d’observation. Les bonnes photos de spectacle ou de rue captent le moment, deux secondes après, ce n’est plus ça. J’aime la diversité de la photo parce que chaque secteur m’apporte quelque chose. Ça me nourrit.

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Tu es aussi le coauteur du livre «Libre – Histoires de motos» avec Franco Nuovo. Qu’est-ce qui t’a donné le goût de faire ce projet?

J’ai eu l’idée de ce livre en revenant d’un voyage en moto dans l’Ouest canadien. Ce projet rejoint mes deux passions : la photo et la moto. On a dressé une liste de personnes, connues et moins connues, toutes passionnées de moto. Je me suis occupé des photos et Franco Nuovo a fait les entrevues.

La photo fait partie de ma vie. Quand je suis en voyage, je ne peux pas m’empêcher d’en faire. Avec les téléphones cellulaires et les appareils numériques, on peut maintenant faire de belles photos. Ça a l’air plus simple, en apparence. Pour en vivre, il faut encore plus sortir du lot et se démarquer.

Laurence Franco

Lorsque tu partages des «making of» de tes séances photos sur ton site web ou sur ta page Facebook, tu donnes l’impression d’avoir du plaisir avec ceux que tu photographies. 

C’est vraiment ça! La photo est une passion pour moi mais il faut que ce soit un plaisir pour la personne qui est photographiée. Je laisse aller la personne et je la dirige différemment au besoin. Tout est dans l’art et la manière de parler aux gens pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Je suis fière de mon travail mais je pense que j’ai l’égo à la bonne place parce que je me soucie des personnes que je photographie, qu’elles soient connues ou non. Quand une personne est connue, je la mets à l’aise comme c’est le cas avec une personne qui n’est pas connue, mais j’ai un défi supplémentaire parce que je veux montrer quelque chose de différent, qu’elle n’a pas l’habitude de montrer.

Tu réalises aussi des vidéos. Qu’est-ce qui t’intéresse particulièrement dans la vidéo?

J’adore le cinéma, c’est un autre visuel qui complète bien ce que je fais depuis longtemps. Il y a un côté cinématographique qui m’attire dans la réalisation de vidéos, comme celle que j’ai faite avec Nicola Ciccone par exemple. Parfois, je suis à la caméra, parfois à la réalisation. Ce n’est pas un film, mais je me rapproche du cinéma. Un jour, peut-être.

Un jour peut-être? As-tu le goût de relever de nouveaux défis?

Oui, absolument! J’aimerais réaliser un film. Les gens apprécient ce que je fais et si j’en viens à faire un film un jour, je veux qu’il soit beau, que ce ne soit pas un coup d’essai. Je mets beaucoup d’emphase sur la scénarisation. Je sais quelle histoire je veux raconter et je cherche un scénariste pour la mettre en mots.

J’aime le cinéma, c’est un autre monde que la photographie. J’aime les images et lorsqu’une histoire est bien racontée. Pour moi, rien n’est impossible. C’est un projet d’équipe et j’adore travailler en équipe!

Merci Laurence Labat d’avoir accepté de faire cette entrevue pour qu’à mon tour, j’en tire ton portrait, à ma manière, dans ce billet. Merci d’avoir exprimé mon authenticité à travers le portrait que tu as fait de moi. Merci de partager avec nous ta passion pour la photographie et le bonheur que tu as de nous révéler à travers tes photos.

Photos : Laurence Labat

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. JB dit :

    Bonjour. Bravo pour votre bel article et bravo à Laurence

    J'aime

  2. François dit :

    Entrevue très intéressante. Laurence est une passionnée cela se voit. Hé oui la photo c’est aussi beaucoup de temps consacré à la personne que l’on photographie afin de s’assurer de faire des clichés qui la représente telle qu’elle est dans la vie de tous les jours. Merci Louise de nous la faire connaître.

    Aimé par 1 personne

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