Questions de temps en quatre temps

Comme à chaque année, je fête mon anniversaire au mois de mai. Témoin du temps qui passe, mon âge marque les années qui se succèdent depuis ma naissance. Tel les aiguilles d’une horloge, le temps se met inexorablement en mouvement et s’incruste dans des engrenages qui me propulsent, qui me ralentissent parfois ou qui peuvent même m’immobiliser. Car les questions de temps sont aussi des questions de rythmes. Des questions de mesures, de perceptions et d’appréciations.

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Les questions de temps appartiennent à un vaste univers. Mon propos se veut ici une réflexion sur quatre temps de la vie qui m’interpellent tout particulièrement, qui me sollicitent et qui me happent parfois en me donnant le sentiment de manquer de temps ou de perdre mon temps plutôt que d’en gagner, comme cela devrait très certainement être le cas. Ces quatre temps rythment nos vies, les influencent et leur donnent du sens, ou non. Ils sont témoins des transformations que nous observons en nous, parmi nous, autour de nous. Ces quatre temps sont le temps d’agir, le temps et l’argent, le temps d’écran et le temps de déplacement.

Le temps d’agir

Il est minuit moins une. C’est urgent, c’est le temps d’agir! Il y a un temps pour chaque chose; le temps pour réfléchir ne se prend souvent que lorsque l’on se sent dans une impasse et, encore là, on cherche à l’économiser pour agir au plus vite. On a hâte d’agir, hâte d’avoir hâte. C’est presqu’une question de vie ou de mort, une impatience qui nous fait nous sentir plus vivant.

Il y a bien quelques éloges de la lenteur, mais cela reste marginal. La vie va vite et, si on n’embarque pas dans le train, on reste en marge d’une société qui célèbre les performances. La vie en action prend pourtant son temps. Le temps de naître, de grandir et de se renouveler, à son rythme, en respectant le fait que certaines situations, certains sujets ou objets, ont des rythmes différents.

Fleurs de soie_Mircea Iancu_Pixabay

Les dangers, les menaces et les périls, réels ou imaginaires, perturbent cet équilibre naturel; les temps et les rythmes plus lents sont alors interprétés comme étant de l’inertie ou de l’inconscience. Si agir peut vouloir dire savoir réagir promptement face à un danger, cela signifie aussi savoir faire preuve de discernement entre le réel et l’imaginaire, entre le souhaité et le souhaitable.

Plutôt que d’être pressé par le temps en étant perpétuellement soumis à l’urgence d’agir, le temps d’agir doit prendre le temps qu’il faut pour prendre conscience du sens qu’il donne à ce grand voyage qu’est la vie.

Le temps et l’argent

Le temps, c’est de l’argent. C’est bien connu. Ce temps-là est calculateur et froid. Froid? Pas toujours. Il peut être empreint d’émotions, d’ambitions, d’intérêts, de peurs, de joies, d’angoisses, de frustrations ou de tensions.

Le temps que l’on consacre à l’argent se situe dans une double épaisseur : il y a le temps que l’on consacre réellement à l’argent, celui où on le gagne, celui où on le gère ou celui où on l’utilise, et il y a le temps où l’argent devient une manière de vivre, un principe directeur qui influence nos choix selon l’importance qu’on lui accorde.

Myriams-Fotos-Pixabay

Si les idées mènent le monde, comme l’affirme Hegel, l’idée de l’argent est bien présente dans nos esprits. Si c’est plutôt la matière qui mène le monde, comme l’affirme Marx, cette matière est aussi bien présente dans notre époque matérialiste. L’argent sert à transformer les matières brutes et à en créer de nouvelles. Le temps se transforme alors en investissement et en productivité; il se mesure à l’aune de la performance économique. C’est une ressource rare, à utiliser avec parcimonie en évitant de la gaspiller dans des activités moins rentables.

Avec le temps, l’argent peut créer de la valeur et la faire fructifier, apporter de la sécurité et contribuer à notre épanouissement. Mais l’argent devient encombrant lorsqu’il accapare tout notre temps ou lorsqu’on perd de vue notre sens des valeurs. Il y a un temps pour l’argent et il y a un temps pour la richesse du coeur et de l’esprit.

Le temps d’écran

Le temps d’écran est bien présent dans ma vie, comme dans la vôtre, j’imagine. À chaque semaine, mon écran me rappelle le temps que je lui consacre.  L’instant d’un moment, une culpabilité fugace m’assaille sans que cela ne m’empêche de retourner à mon écran, à mes écrans, car j’en ai plusieurs!

Dans ces écrans, il y a tout un univers que j’ai bâti au fur et à mesure de mes besoins, de mes intérêts, de mes préférences et de mes envies. Un univers qui m’informe, un univers intimiste où je peux connecter avec d’autres, où qu’ils soient sur la planète. Un univers où l’on ne me voit habituellement pas mais où je laisse ma trace. Un univers qui requiert mon attention et qui me captive au point d’en devenir addictif.

Écran_Stefan Keller_Pixabay

Le temps d’écran est paradoxal : il ouvre une multitude de portes virtuelles et devient un gobe-temps, incontournable, qui élargit et qui rétrécit ma perception du réel. C’est une façon d’explorer et de découvrir la vie, et de la limiter aussi à travers une apparente liberté où je navigue d’un écran à l’autre.

Le temps d’écran n’est pas destiné à disparaître, à moins qu’il ne soit un jour remplacé par d’autres types de connexions virtuelles, aussi et sinon plus invasives. Qui sait jusqu’où les technologies nous mèneront? Pour récupérer ce temps d’écran si gourmand, je ne vois qu’une solution : me déconnecter. Mais pour cela, il faut vraiment avoir l’intention d’affirmer mon libre-arbritre, de me couper volontairement du monde virtuel pour mieux profiter du temps, plus lent et aussi plus long, du monde réel. L’idée fait son chemin et j’y pense de temps en temps.

Le temps de déplacement

Le temps de déplacement est bien sûr à la jonction du temps et de l’espace. Plus jeune, je vivais dans une petite ville où je me déplaçais principalement à pied. C’était long mais c’était bon.

marche_pexels_Pixabay

Aujourd’hui, mes déplacements sont davantage utilitaires. Je n’ai plus vraiment le temps de flâner, comme si le temps de déplacement devenait, par définition, du temps perdu. Je m’ennuie un peu de ce temps de ma vie où mes déplacements étaient pour moi un prétexte pour découvrir un nouvel espace, une nouvelle lumière, un nouveau son, au lieu d’être simplement un passage obligé entre un point de départ et un point d’arrivée. Mais j’imagine que cela va avec le rythme de la vie, avec le temps d’agir, où tout va vite.

Le temps de déplacement le plus long, celui qui m’impatiente le plus, est certainement lorsque je me retrouve dans un bouchon de circulation, à l’heure de pointe ou sans savoir ce qui bloque en avant. Mais le temps de déplacement le moins agréable est sûrement celui où je me retrouve debout dans un autobus ou dans un train bondés, expressément conçus pour accueillir plus de passagers qu’il n’y a de sièges, et où je m’accroche résolument pour ne pas tomber dès que le véhicule se met en branle. Ouf! J’en suis sortie. Enfin de l’air et de l’espace. Voilà un moyen de transport qui doit être le plus pratique, ou absolument nécessaire, pour choisir ce temps de déplacement qui, je le reconnais, passe un peu plus vite quand le temps d’écran s’en mêle.

Pour mon anniversaire, j’ai le goût de m’offrir un temps de déplacement où j’aurai tout mon temps pour rêvasser et peut-être même pour faire un détour, en me disant que ce n’est pas bien grave si j’arrive un peu plus tard à destination, en faisant fi du temps d’agir, du temps et de l’argent, du temps d’écran aussi.

Un temps de liberté, un temps d’éternité

Ce qu’il y a de bien avec ce temps de liberté, c’est qu’il me permet de savourer le moment présent, en-dehors de tous les temps de la vie, de tous les âges. Un temps d’éternité où plus rien d’autre ne compte que d’être là. Comme ce moment divin, je m’en souviens, où je regardais le vent souffler dans les arbres à travers la fenêtre de ma chambre. Ou ce moment où, cet été, je reprenais des forces en écoutant une musique qui nourrissait mon temps de guérison.

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Ces moments de ressourcement sont sans doute les temps les plus précieux que nous ayons, avec le temps d’aimer, de créer et de vivre, tout simplement.

 

Photo de l’horloge : Piro4D / Pixabay

Photo des champignons : Roland Letscher / Flickr

Photo des fleurs de soie : Mircea Iancu / Pixabay

Photo du pêcheur : Myriams Fotos / Pixabay

Photo de la fille avec la rose : Stefan Keller / Pixabay

Photo de la fillette qui marche : Pexels / Pixabay

Photo de la flamme : Pavlofox / Pixabay

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