Histoires vraies

L’authenticité, la vraie, on la réclame à cors et à cris, pour y croire et pour en être touché. Mais l’authenticité vient aussi avec la vulnérabilité, sa sœur jumelle, qui révèle nos fragilités et qui laisse transparaître notre humanité. Le défi est encore plus grand quand on s’expose, quand on se met en scène, comme c’est le cas quand on donne une conférence.

Nous venions d’horizons différents, nous n’avions ni le même âge, ni les mêmes expériences. Pourtant, nous avons appris à nous connaître à travers nos histoires, nos sensibilités, nos personnalités. Voici l’histoire des histoires vraies que nous avons racontées sur scène, un soir de mai, en toute authenticité et vulnérabilité, pour notre plus grand bonheur et aussi, nous l’espérons, pour le plus grand bonheur de notre auditoire.

Nous étions six + deux

Nous étions six inscrits dans la cohorte 38 de l’Art de la conférence et nous n’aurions certainement pas révélé nos histoires de la même façon, si nous n’avions pas été dirigés par Sylvain Bergeron et par Mitch Aubertin. Deux pros des conférences, deux complices, tous deux dotés de leur propre sensibilité et d’une telle bienveillance qu’ils nous ont donné le goût de nous dépasser.

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Le bonheur, le plaisir et l’émotion sont au rendez-vous, sur scène et pendant notre formation. Dans l’ordre habituel : le coach Mitch Aubertin, les conférenciers.ères Sophie d’Oriona, Ana Maria Da Silva, Genevière Touchette, Louise Desjardins, Guy Giard, Soumaila Kafando et Sylvain Bergeron, le coach et maître de cérémonie.

Pendant nos dix semaines de formation, nos coachs nous ont invité à nous connecter avec une part de nous-mêmes dont la plupart d’entre-nous ignorions l’existence. C’est accompagnés par ces coachs et en groupe que nous avons fait émerger les points-idées dans lesquels se sont ancrées chacune de nos conférences. C’est également avec eux que nous avons aussi appris à habiter la scène, non seulement avec nos propos mais aussi avec notre gestuelle, nos expressions et notre manière d’être.

Le pouvoir de l’intention et du regard

Pourquoi accorder de l’importance à son authenticité et à sa vulnérabilité quand on donne une conférence? Parce que c’est ce qui nous rend crédible aux yeux du spectateur, car chacun se fie d’abord à ce qu’il ressent face à un conférencier avant de l’écouter véritablement et de se laisser inspirer par lui. En fait, selon Sylvain Bergeron, président de l’Art de la conférence, c’est par le pouvoir de son intention et de son regard qu’un conférencier peut le mieux établir un contact privilégié avec son auditoire.

Mais pour que ce pouvoir entre en force, le conférencier doit avoir la liberté de s’exprimer pleinement, sans se sentir tributaire d’un texte qui le retient prisonnier de sa mémoire ou sans se sentir contraint par des techniques avec lesquelles il ne se sent pas à l’aise.

C’est quand on est préoccupé par ce que l’on a à dire qu’on risque le plus de perdre le fil de ses idées, affirme Sylvain Bergeron. Il faut se concentrer sur son histoire, plutôt que sur la façon de la raconter. L’important, c’est de se sentir bien plutôt que de vouloir être bon. Il faut vivre le moment présent. Il n’y a pas de succès micro-ondes, car les transformations prennent du temps. L’essentiel est de rester connecté à l’autre.

À la découverte des vraies histoires 

Nous avons tous appris de la vie, à travers nos expériences et les défis que nous avons relevés. Mais trouver le sujet de sa conférence et surtout l’angle avec lequel nous l’abordons est une tout autre affaire.

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Louise Desjardins : pour faire éclore ses talents

J’avais déjà fait des présentations pour lesquelles je faisais des recherches au préalable. Mais pour cette conférence, il s’agissait d’abord de me révéler et ensuite de parler de ce que j’ai appris ou observé. C’est en discutant avec Mitch, Sylvain et les membres du groupe que j’ai découvert que je suis fascinée par les talents des gens.

En racontant mon cheminement de carrière, j’ai parlé des talents que j’ai découverts chez moi et chez d’autres, de ma curiosité et aussi de mon goût de contribuer à la beauté du monde, à sa vitalité et à sa prospérité. Pour moi, nos talents sont de véritables cadeaux de la vie. Cela me rend heureuse d’en parler et de les découvrir, même s’ils ne sont pas toujours évidents à identifier ni à cultiver. 

C’était nouveau pour moi de préparer une conférence sans m’appuyer sur un texte écrit, de laisser émerger les idées en les exprimant plutôt qu’en y réfléchissant. Cette approche de création a fait ressortir des talents que je ne pensais pas avoir, comme le fait d’avoir une certaine théâtralité dans ma façon de m’exprimer. J’ai appris à oser révéler, plus consciemment, une nouvelle facette de moi-même, un peu comme si un masque tombait.

Soumaila Kafando : pour s’en tenir à son plan A

Originaire du Burkina Faso, Soumaila a déjà prononcé des conférences dans un cadre académique et auprès d’étudiants étrangers à Montréal. Dans cette conférence, il raconte son histoire personnelle d’immigration en lui donnant une portée plus large afin que chacun s’y reconnaisse, qu’il soit immigrant ou non.

Issu d’une famille de chefferie royale, il a choisi de découvrir de nouvelles réalités et de poursuivre ses études ailleurs. Ce faisant, il renonçait aux privilèges liés à son statut social et à un poste de coordonnateur de projet dans un organisme international.  Après avoir d’abord fait du tourisme au Québec, il a été à  court d’argent et a décidé de travailler dans une manufacture, puis dans un centre d’appel. Ces expériences l’ont sensibilisé aux exigences de la vie de travailleur ici, en plus de lui faire vivre des chocs linguistiques, culturels et climatiques ! Une journée d’hiver, alors qu’il perdait confiance en lui, il a songé à plier bagages et à retourner au Burkina Faso. Mais il s’en est tenu à son plan A, en se faisant confiance pour surmonter les difficultés et réussir son expérience d’immigration.

Selon l’éducation africaine, parler beaucoup de soi équivaut à vouloir se vanter. Je garde une certaine pudeur quand je parle de moi. Je me suis retrouvé dans un processus de cocréation où les membres du groupe ont eu une influence mutuelle. À un moment donné, les barrières se sont levées. On se sentait plus à l’aise de dire ce qu’on ne dirait pas devant des inconnus.

Ana Maria Da Silva : pour prendre sa place

Ana Maria est devenue styliste à l’âge de 60 ans, après avoir oeuvré pendant plusieurs années dans les domaines de la mode et de la beauté. Elle a fait ce choix à la suite d’un divorce douloureux, alors qu’elle croyait que son mariage durerait toute la vie. L’histoire qu’elle nous raconte est celle d’une trahison où elle se sent manipulée, déçue et en colère; une histoire où son mari ne lui consacre désormais qu’une fin de semaine sur cinq parce qu’il préfère s’investir dans sa religion plutôt que dans son couple.

Raconter cette histoire n’a pas été aisé, car la plaie reste là, même si Ana Maria est maintenant ailleurs. Cela a cependant eu un effet libérateur car elle peut maintenant exprimer ce qui l’a profondément blessé et dont elle ne parlait pas.

J’ai l’impression de grandir, je ne suis plus la même personne. Je me sens plus outillée pour m’exprimer avec d’autres, pas seulement pour donner une conférence mais aussi dans n’importe quelle situation. Cela permet de voir la vie d’une autre façon, en relation avec d’autres ou seul, en s’acceptant soi-même.

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Guy Giard : pour sortir du gouffre de l’abus sexuel

Conférencier de métier, Guy Giard avait déjà donné des conférences à propos de l’art et de la musique. Il avait aussi déjà organisé plusieurs expositions artistiques à propos des abus sexuels, alors qu’il en a lui-même été victime dans son enfance. Mais c’était la première fois qu’il abordait ce sujet dans une conférence et il se demandait comment l’amener devant son public, pour apporter un message d’espoir à ceux qui ont vécu les conséquences de tels abus.

En tant que créateur, artiste et professeur, Guy a l’habitude d’être un passeur d’informationcelui qui prépare tout et qui livre la marchandise. En participant à cette formation, il est passé à une autre étape, celle du dialogue, de la conversation, de l’écoute en équipe. Pour lui, l’essentiel est de se reconnecter avec son authenticité et, à partir de là, de créer sa vie tel qu’on est là pour la vivre.

Ma difficulté par rapport au pouvoir de l’intention a été de trouver la clé de voûte de mon histoire. Le fait d’avoir été un clown humanitaire a contribué à ma guérison, le yoga du rire et la musique aussi. Mon histoire est tellement riche. C’était difficile de trouver mon pouvoir d’intention car il y avait trop d’éléments de transformation dans ma vie. Finalement, mon message est que c’est faisable : on peut se sortir du gouffre et on peut transformer une impasse en voie de passage.

Geneviève Touchette : pour trouver sa voie et sa voix

À 31 ans, Geneviève Touchette est en quête d’exploration pour trouver sa voie et pour s’exprimer pleinement avec sa voix. Très proche de ses émotions, elle montre facilement sa vulnérabilité et les larmes lui viennent naturellement. Le climat d’écoute, de partage et de respect qu’elle a ressenti dans le groupe l’a amenée à se rappeler de sa peine lors du décès de son père alors qu’elle avait huit ans et, surtout, de la connexion artistique qu’elle a avec lui.

Pour elle, les critiques, les discussions et les échanges partagés en groupe sont très enrichissants, car elle se sent grandir à travers les histoires des autres. Concentrée sur son pouvoir d’intention, elle sait que c’est lorsqu’elle est en contact avec les autres qu’elle peut le mieux avancer, dans sa conférence et dans la vie.

Je n’avais pas vraiment d’attentes sur la façon de préparer ma conférence. Je ne me serais pas vue écrire un texte. J’aime mieux être dans le ressenti du moment présent. Pour moi, c’est plus authentique. Je suis plutôt spontanée. Quand je me lance, je sais ce dont je parle. J’aime bien avoir des points-idées pour donner une structure à ma conférence.

Sophie d’Oriona : pour découvrir la puissance de la vulnérabilité

Habituée à prendre la parole en public, Sophie d’Oriona est une professionnelle d’expérience, analytique et rationnelle. Cette fois, elle est passée en mode intuitif et artistique en faisant confiance au groupe pour l’aider à trouver son sujet de conférence. C’est ce qui l’a amenée à parler d’une expérience de vie où elle s’est sentie démunie et vulnérable, « nue dans mon vison » comme elle l’exprime de façon imagée.

C’est l’atmosphère de bienveillance, installée par les coachs et nourrie par le groupe, qui lui a apporté le sentiment de sécurité nécessaire pour qu’elle accepte de parler de son expérience de vie devant un public qu’elle ne connait pas et qui peut possiblement la juger. Pour elle, la clé est l’écoute qu’elle a ressentie, une écoute attentive et généreuse, alors même qu’elle avait le sentiment de se mettre à risque.

On est souvent stratégique et politique avec les autres et avec nous-mêmes. Alors, on ne se fait pas le plus beau cadeau qu’on puisse se faire : se révéler à d’autres. C’est un long cheminement. Les plus grandes fatigues que j’ai eues dans ma vie viennent du fait que je me suis protégée et que je voulais contrôler. C’est beaucoup plus reposant de s’exposer.

Au-delà de la conférence

Que la décision de participer à l’Art de la conférence ait été spontanée ou mûrement réfléchie, chacun des conférenciers en a tiré profit. Si certains continueront sur la lancée pour prononcer des conférences, tous auront appris à mieux s’exprimer et à le faire pleinement dans leurs relations, dans leurs rencontres.

Pour certains, cette expérience ouvre une grande porte vers de nouveaux horizons pour faire vibrer leur essence, apporter leur contribution, donner de l’espoir, être une source de motivation ou d’inspiration. Dans tous les cas, savoir être authentique et accepter sa vulnérabilité demeurent des atouts incontournables.

Merci à Soumaila, Ana Maria, Guy, Geneviève et Sophie d’avoir accepté de partager leurs histoires vraies. Merci à Sylvain et Mitch pour leur accompagnement et leur bienveillance.

Photo de la fillette : Aziz Acharki / Lifeofpix

Photos de Mitch Aubertin et de Sylvain Bergeron : Carl Potvin / Productions Concept Plus

Photo du groupe sur scène : Michel Marchildon

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